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Technologie· 10 min de lecture

Open source en entreprise : ce que l’IA change, chiffres à l’appui

L’open source change d’échelle avec l’IA : chiffres 2025-2026 sourcés, ce qui pousse les entreprises à quitter leurs éditeurs, avantages, limites et méthode.

L’open source n’a jamais été autant utilisé, et l’IA accélère le mouvement : 89 % des organisations qui utilisent l’IA s’appuient aussi sur de l’IA open source, et les meilleurs modèles ouverts n’ont plus que quatre mois de retard en moyenne sur les modèles fermés. Ce guide réunit les chiffres sourcés de 2025 et 2026, ce qu’ils disent vraiment de la relation entre les entreprises et leurs éditeurs, les avantages et les limites de l’open source, et la méthode pour s’y mettre.

Il s’adresse aux dirigeants, aux DSI et aux directeurs techniques qui se demandent s’ils doivent remplacer un logiciel d’éditeur ou un service d’IA fermé par une solution open source. L’intégration de modèles d’IA dans des applications métier fait partie de notre offre d’intelligence artificielle, et notre développement web repose sur des briques open source.

L’open source a-t-il vraiment explosé avec l’IA ?

Oui, et les chiffres de GitHub le montrent : de septembre 2024 à août 2025, la plateforme a gagné plus de 36 millions de développeurs, environ un par seconde, et les projets publics ont reçu 1,12 milliard de contributions, 13 % de plus que l’année précédente. L’IA porte une large part de cette croissance.

IndicateurChiffreSource
Nouveaux développeurs sur GitHub en un anplus de 36 millions (+23 %)GitHub Octoverse 2025
Dépôts publics395 millions, 63 % de l’ensembleGitHub Octoverse 2025
Contributions aux projets publics en un an1,12 milliard (+13 %)GitHub Octoverse 2025
Dépôts liés à l’IAplus de 4,3 millions, presque doublés en moins de deux ansGitHub Octoverse 2025
Dépôts publics utilisant un kit de développement de LLMplus de 1,1 million (+178 % en un an)GitHub Octoverse 2025
Organisations utilisatrices d’IA qui ont de l’IA open source89 %Linux Foundation, 2025

L’IA agit dans les deux sens. Elle produit de nouveaux projets ouverts : des modèles, des outils d’agents, des bibliothèques d’intégration. Et elle abaisse le coût d’entrée dans un code existant : un assistant de code lit, explique et modifie un projet open source bien plus vite qu’un développeur ne le découvrait seul. Ce second effet est notre lecture du terrain, pas un chiffre : il explique pourquoi des logiciels ouverts complexes, longtemps réservés à des équipes spécialisées, deviennent exploitables par une équipe de taille moyenne.

Les modèles d’IA ouverts valent-ils les modèles fermés ?

Presque : selon Epoch AI, depuis janvier 2026, les meilleurs modèles à poids ouverts ont en moyenne quatre mois de retard sur les meilleurs modèles fermés, mesurés sur son indice agrégé de capacités (Epoch Capabilities Index). Epoch relève que l’écart s’est légèrement creusé depuis sa mesure précédente, autour de trois mois : le rattrapage n’est pas acquis.

Quatre mois, c’est à peu près l’écart entre deux générations de modèles fermés. Pour une grande partie des usages d’entreprise (résumer, classer, extraire, chercher dans des documents internes), un modèle ouvert de bon niveau suffit. L’écart compte surtout sur les tâches les plus difficiles : raisonnement long, code complexe, agents qui enchaînent de nombreuses actions.

Côté entreprises, la Linux Foundation relève que deux tiers des organisations interrogées jugent l’IA open source moins chère à déployer que les modèles propriétaires, et que près de la moitié la choisissent d’abord pour ce motif. C’est une perception déclarée, pas une mesure de coûts, et l’étude a été commandée par Meta, qui publie ses propres modèles ouverts.

Pourquoi des entreprises quittent-elles leurs éditeurs ?

En Europe, la première raison est la dépendance : dans le rapport State of Open Source 2026 de Perforce, publié avec l’Open Source Initiative et la fondation Eclipse, 63 % des organisations de l’Union européenne et du Royaume-Uni citent la crainte du verrouillage par un fournisseur comme motivation clé pour choisir l’open source, contre 51 % en Amérique du Nord. Le coût vient aussi, des deux côtés de l’Atlantique. Trois situations reviennent.

  • Les hausses de prix imposées. Après le rachat de VMware par Broadcom, 86 % des grandes entreprises nord-américaines interrogées par CloudBolt en janvier 2026 réduisent leur usage de VMware. Mais 54 % restent tout en réduisant, et celles qui migrent partent d’abord vers le cloud public (72 %) : quitter un éditeur ne veut pas dire passer à l’open source.
  • Les changements de licence. Quand Redis a quitté l’open source en mars 2024, une partie de sa communauté a créé Valkey, une copie restée libre. Redis 8 est revenu à une licence open source, l’AGPLv3, le 1er mai 2025. Elastic, sorti de l’open source en 2021, a ajouté l’AGPL à Elasticsearch et Kibana le 29 août 2024. Un logiciel ouvert ne se referme pas pour tout le monde : la dernière version libre reste utilisable et reprenable.
  • La souveraineté. En France, l’État a généralisé en janvier 2026 Visio, son outil de visioconférence issu de La Suite numérique, à la place de Teams et Zoom, avec une bascule d’ici 2027. Le 8 avril 2026, la Dinum a demandé à chaque ministère un plan de réduction des dépendances extra-européennes pour l’automne 2026 et annoncé le passage de ses propres postes de Windows à Linux. Le 22 octobre 2026, la Cour des comptes a recommandé une bascule progressive des outils bureautiques et collaboratifs de l’État vers le logiciel libre, sur trois à quatre ans à partir de 2027.

La Cour des comptes donne un ordre de grandeur des coûts : environ 100 euros par poste et par an pour une suite libre hébergée dans un cloud qualifié SecNumCloud, contre 250 euros pour Microsoft 365. C’est une estimation faite pour l’État, pas un prix applicable tel quel à une entreprise.

Les éditeurs perdent-ils vraiment leurs clients ?

Pas en masse, et les chiffres le disent : selon le panorama Top 250 d’EY et Numeum publié le 4 novembre 2026, le chiffre d’affaires d’édition des éditeurs de logiciels français a progressé de 5,2 % en 2025, hors jeux vidéo, et le SaaS en représente 67 %.

Ce qui change, c’est le rapport de force. Les entreprises sortent d’un éditeur sur un périmètre précis, quand le prix monte ou quand une licence se ferme, et elles ne s’engagent plus pour dix ans sans solution de repli. Les éditeurs s’adaptent : selon le même panorama, 80 % ont déjà intégré de l’IA à leur offre, et la facturation à l’usage progresse à côté de l’abonnement. L’open source sert alors de solution de sortie, et souvent d’argument dans la négociation.

Quels sont les avantages de l’open source pour une entreprise ?

Le premier avantage de l’open source pour une entreprise est la réversibilité : le code est lisible, la licence permet de l’exécuter, de le modifier et de le confier à un autre prestataire, et personne ne peut retirer le droit d’utiliser la version que vous avez.

  • L’indépendance. Changer de prestataire ne demande pas de changer de logiciel, et une hausse de prix ou un rachat de l’éditeur ne vous engage pas.
  • Le coût. Pas de licence par utilisateur. Selon une étude de la Harvard Business School, sans l’open source, les entreprises dépenseraient 3,5 fois plus en logiciels. L’hébergement, l’intégration et la maintenance restent à payer.
  • Des données maîtrisées. Un modèle d’IA ouvert peut tourner sur vos serveurs ou chez un hébergeur européen : les documents qu’il traite ne sortent pas de votre périmètre.
  • Une sécurité vérifiable. Le code peut être audité par vous ou par un tiers, et les failles sont publiées et suivies, avec leur correctif.
  • L’adaptation. Ce qui manque se développe, au lieu d’attendre la feuille de route de l’éditeur.
  • Des compétences répandues. Les grandes briques ouvertes (PHP, PostgreSQL, Node.js, Linux, Docker) sont connues de nombreux développeurs et prestataires.

Quelles sont les limites de l’open source ?

La principale limite de l’open source est que personne ne maintient votre installation à votre place : sans contrat d’éditeur, les mises à jour, la sécurité et le support reviennent à votre équipe ou à votre prestataire.

  • Les mises à jour. Chaque brique a son calendrier de fin de support, et une version abandonnée ne reçoit plus de correctifs : notre article sur la fin du support de PHP 8.2 en donne un exemple.
  • Quelques mainteneurs. Selon la même étude de Harvard, 96 % de la valeur de l’open source est produite par 5 % de ses développeurs. Un projet porté par une fondation ou par plusieurs entreprises est plus solide qu’un projet tenu par une seule personne.
  • Les licences. L’AGPL oblige à publier les modifications d’un logiciel proposé en ligne à des utilisateurs. Les licences dites « source disponible » (SSPL, BSL) ne sont pas des licences open source.
  • Les obligations. Le Cyber Resilience Act demande au fabricant d’un produit numérique de surveiller les composants tiers qu’il intègre, composants open source compris.
  • L’IA hébergée chez soi. Faire tourner un modèle ouvert demande des serveurs adaptés et une exploitation. Pour de petits volumes, une API reste souvent plus simple.

Comment passer à l’open source sans prendre de risque ?

Passer à l’open source se fait brique par brique, en commençant par celle où la dépendance coûte le plus et où une alternative mûre existe. Les étapes, dans l’ordre :

  • Faire l’inventaire. Licences payées et leur évolution, contrats et dates de fin, données, intégrations avec les autres outils. Un audit de l’existant répond à ces questions.
  • Choisir un premier périmètre. Un outil dont le prix ou la licence pose problème, et pour lequel un projet ouvert mûr existe.
  • Évaluer le projet. Licence approuvée par l’Open Source Initiative, versions récentes, nombre de contributeurs, gouvernance (fondation, plusieurs entreprises), calendrier de support.
  • Prévoir la maintenance dès le départ. Qui met à jour, qui corrige les failles, à quel rythme : c’est le rôle de la maintenance applicative.
  • Migrer par étapes. Faire tourner l’ancien et le nouveau en parallèle, migrer les données, tester, garder un retour arrière.
  • Utiliser l’IA pour aller plus vite, pas pour contrôler moins. Lecture du code, scripts de migration, tests : notre chaîne de production avec l’IA garde les mêmes contrôles.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un logiciel open source ?
Un logiciel dont le code source est publié sous une licence qui permet de l’utiliser, de l’étudier, de le modifier et de le redistribuer. L’Open Source Initiative tient la liste des licences reconnues : MIT, Apache 2.0, GPL, AGPL, entre autres.
Open source et logiciel libre, est-ce la même chose ?
En pratique, les deux termes désignent presque toujours les mêmes logiciels. « Logiciel libre » met l’accent sur les libertés de l’utilisateur, « open source » sur le développement ouvert.
L’open source est-il gratuit ?
La licence l’est le plus souvent. L’installation, l’hébergement, l’intégration, le support et la maintenance ont un coût, à prévoir dès le départ.
Un modèle d’IA à poids ouverts est-il open source ?
Pas toujours. Ses poids sont téléchargeables, mais sa licence peut restreindre certains usages et ses données d’entraînement sont souvent privées. La licence se lit avant de choisir.
L’open source est-il moins sûr qu’un logiciel propriétaire ?
Ni plus ni moins par nature. Le code est lisible par tous, défenseurs comme attaquants, et la sécurité dépend surtout de la rapidité des mises à jour.
Peut-on garder un éditeur et utiliser de l’open source ?
Oui, la plupart des entreprises combinent les deux. Une alternative open source identifiée sert aussi de solution de repli et d’argument dans la négociation.

Open source : décider brique par brique

L’open source a gagné en volume et en qualité, et l’IA a accéléré les deux : il couvre désormais des sujets complexes, jusqu’aux modèles d’IA. Le choix ne se pose plus en bloc, éditeur ou open source, mais brique par brique : là où la dépendance coûte trop, là où une alternative mûre existe, et avec une maintenance prévue dès le départ.

L’équipe iones, en nearshore depuis la Tunisie, développe et maintient des applications sur des briques open source (PHP, Symfony, Laravel, PostgreSQL, Node.js, Angular, Docker) et intègre des modèles d’IA dans des applications métier avec son offre d’intelligence artificielle. Pour étudier une sortie d’éditeur ou un projet d’IA, écrivez-nous.

Sources

  1. Octoverse 2025, GitHub — Développeurs, dépôts, contributions et projets d’IA, septembre 2024 à août 2025
  2. Open Source AI is Transforming the Economy, Linux Foundation — 89 %, deux tiers, près de la moitié ; étude commandée par Meta, 2025
  3. Open vs closed models, Epoch AI — Retard de quatre mois des modèles à poids ouverts, 29 mai 2026
  4. Open-weight vs closed-weight models, Epoch AI — Mesure précédente, autour de trois mois
  5. 2026 State of Open Source Report, Perforce — Avec l’Open Source Initiative et la fondation Eclipse, 24 mars 2026
  6. Open source is booming in Europe, ITPro — Verrouillage : 63 % en Europe, 51 % en Amérique du Nord
  7. The Value of Open Source Software, Harvard Business School — Hoffmann, Nagle et Zhou, document de travail 24-038
  8. 86% of companies actively reducing their VMware footprint, CloudBolt — 302 décideurs nord-américains, janvier 2026
  9. Redis returns to open source with AGPL license, The Register — Redis 8 en AGPLv3, 1er mai 2025
  10. Elastic Announces Open Source License for Elasticsearch and Kibana, Business Wire — AGPL ajoutée le 29 août 2024
  11. L’État dit stop à Teams et Zoom, Siècle Digital — Généralisation de Visio, janvier 2026
  12. La Dinum chargée de coordonner un plan de réduction des dépendances numériques, Banque des Territoires — Séminaire du 8 avril 2026
  13. La Cour des comptes veut accélérer la sortie de Microsoft, Le Monde Informatique — Rapport du 22 octobre 2026 sur les outils bureautiques de l’État
  14. Panorama Top 250 des éditeurs de logiciels français, EY et Numeum — 16e édition, 4 novembre 2026
  15. Licenses, Open Source Initiative — Liste des licences open source approuvées

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