Cyber Resilience Act : signaler une vulnérabilité exploitée en 24 h
Cyber Resilience Act : depuis le 11/09/2026, toute vulnérabilité exploitée se signale en 24 h à l’ENISA. Qui est concerné, SBOM, processus : notre guide.
Depuis le 11 septembre 2026, le Cyber Resilience Act impose le signalement des vulnérabilités activement exploitées et des incidents graves sous 24 h, via une plateforme de l’ENISA. Éditeur, agence ou ESN : vous livrez peut-être un « produit comportant des éléments numériques » sans le savoir. Ce guide vous aide à qualifier votre situation, préparer votre SBOM et bâtir un processus de signalement fiable.
Ce qui s’applique depuis le 11 septembre 2026
Le règlement (UE) 2024/2847, dit Cyber Resilience Act (CRA), publié le 20 novembre 2024 [1], fixe des exigences de cybersécurité pour les « produits comportant des éléments numériques » : objets connectés, mais aussi logiciels vendus, distribués ou monétisés.
Le calendrier du CRA en un tableau
| Date | Ce qui s’applique | Base |
|---|---|---|
| 11 juin 2026 | Chapitre IV : notification des organismes d’évaluation de la conformité | Art. 71 §2 |
| 11 septembre 2026 | Article 14 : signalement des vulnérabilités activement exploitées et des incidents graves | Art. 71 §2 |
| 11 décembre 2027 | Tout le reste : exigences essentielles (annexe I), documentation technique, marquage CE | Art. 71 §2 |
Côté français, l’ANSSI est l’autorité notifiante, le CERT-FR centralise les signalements et la surveillance du marché revient à l’Agence nationale des fréquences (ANFR) [7].
Les produits déjà sur le marché sont aussi concernés
Un produit mis sur le marché avant le 11 décembre 2027 n’est en principe soumis au CRA qu’en cas de « modification substantielle ». Mais l’article 69 §3 fait exception : l’article 14 s’applique à tous les produits relevant du règlement, y compris ceux déjà commercialisés [1]. Une application publiée en 2022 et toujours distribuée est donc concernée.
Signalement des vulnérabilités : les délais du Cyber Resilience Act
Vulnérabilité activement exploitée, incident grave : les définitions
Deux notions déclenchent l’obligation, pas chaque CVE de vos dépendances :
- Vulnérabilité activement exploitée : « une vulnérabilité pour laquelle il existe des preuves fiables qu’elle a été exploitée par un acteur malveillant dans un système sans l’autorisation du propriétaire du système » (art. 3) [1]. Une CVE critique non exploitée n’en fait pas partie ; une faille maison exploitée chez un client, si.
- Incident grave (art. 14 §5) : un incident qui entache, ou peut entacher, la capacité du produit à protéger la disponibilité, l’authenticité, l’intégrité ou la confidentialité de données ou fonctions sensibles, ou qui a conduit (ou peut conduire) à l’exécution de code malveillant chez un utilisateur. La compromission de votre chaîne de build ou de votre serveur de mises à jour en est l’exemple type.
24 h, 72 h, 14 jours, un mois : le tableau des délais
| Étape | Vulnérabilité activement exploitée (art. 14 §2) | Incident grave (art. 14 §4) |
|---|---|---|
| Alerte précoce | 24 h après la prise de connaissance, avec les États membres où le produit est disponible | 24 h, en indiquant si l’incident pourrait résulter d’un acte malveillant |
| Notification | 72 h : produit concerné, nature de l’exploitation, mesures correctives et mesures possibles côté utilisateurs | 72 h : nature de l’incident, évaluation initiale, mesures d’atténuation |
| Rapport final | 14 jours après la mise à disposition d’un correctif | Un mois après la notification des 72 h |
Le compteur démarre à la prise de connaissance, pas à la fin de votre analyse. Le CSIRT peut aussi demander un rapport intermédiaire (art. 14 §6).
Par où passe la notification : plateforme ENISA et CERT-FR
Toutes les notifications passent par la plateforme unique de signalement (Single Reporting Platform) de l’ENISA, opérationnelle depuis le 11 septembre 2026 [2][3]. Vous déposez une seule notification, adressée au CSIRT coordinateur de l’État membre de votre établissement principal (là où se prennent les décisions de cybersécurité produit) et mise simultanément à disposition de l’ENISA (art. 14 §7). Pour la France, l’ENISA liste le CERT-FR [5].
Selon l’ENISA [4], l’accès exige un compte EU Login avec authentification multifacteur, et il est conseillé de ne s’enregistrer comme fabricant qu’au moment où une notification devient nécessaire.
Informer aussi vos utilisateurs
L’article 14 §8 impose d’informer les utilisateurs touchés et de leur indiquer les mesures d’atténuation, « s’il y a lieu dans un format structuré, lisible par machine ». Préparez un modèle d’avis de sécurité et un canal de diffusion.
Êtes-vous « fabricant » au sens du CRA ?
La définition qui compte
Est fabricant la personne qui « développe ou fabrique des produits comportant des éléments numériques ou fait concevoir, développer ou fabriquer des produits comportant des éléments numériques, et les commercialise sous son propre nom ou sa propre marque, à titre onéreux, monétisé ou gratuit » (art. 3) [1]. La gratuité n’exclut donc pas le CRA si le produit est monétisé autrement (considérant 15), et celui qui fait développer puis commercialise sous sa marque est fabricant.
Éditeur SaaS : NIS 2 d’abord, CRA si votre cloud fait fonctionner un produit
Selon le considérant 12, le SaaS, le PaaS et l’IaaS relèvent de la directive NIS 2, pas du CRA. Mais un « traitement de données à distance » conçu par le fabricant et sans lequel le produit ne pourrait pas remplir une de ses fonctions fait partie du produit [1] : l’API qui pilote une application mobile ou un objet connecté que vous distribuez, par exemple. Les lignes directrices de la Commission du 27 juillet 2026 (C(2026) 5252) détaillent ce test [6].
Agence ou ESN qui livre du logiciel : qui porte l’obligation ?
Voici la grille de lecture que nous appliquons, à confirmer au cas par cas avec votre conseil :
| Situation | Fabricant, en première analyse | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Site e-commerce ou back-office exploité par le client lui-même | Souvent hors CRA (service exploité, pas produit mis sur le marché) | Si le site sert d’API à une app distribuée, il devient un traitement à distance du produit |
| Application mobile publiée sous la marque du client | Le client, qui « fait développer » | L’agence conditionne le délai de 24 h du client |
| Module, plugin ou thème vendu sous la marque de l’agence | L’agence | SBOM, politique de divulgation, période d’assistance |
| Logiciel d’un éditeur maintenu par une ESN en marque blanche | L’éditeur | Clauses de TMA : détection, délais internes, journaux |
| Bibliothèque open source publiée sans monétisation | Pas d’activité commerciale (considérant 18) | Régime d’intendant si une entité soutient durablement le projet |
En cas de doute, un audit et conseil ciblé permet d’inventorier les produits concernés.
Open source : activité commerciale, intendants et composants
Le CRA ne vise le logiciel libre que s’il est fourni dans le cadre d’une activité commerciale : la fourniture d’un logiciel libre non monétisé n’en est pas une, et contribuer à un projet ou le financer ne suffit pas à le devenir (considérant 18) [1]. Les intendants de logiciels ouverts ont un régime allégé (art. 24) ; la Commission indique que leurs obligations de signalement s’appliquent à partir du 11 décembre 2027 [2], et ils ne sont pas passibles d’amendes (art. 64 §10).
Si vous intégrez de l’open source, deux obligations comptent : la diligence raisonnable sur les composants tiers (art. 13 §5) et le signalement au mainteneur de toute vulnérabilité découverte, avec partage du correctif si vous l’avez écrit (art. 13 §6).
SBOM et gestion des vulnérabilités : ce que l’annexe I exige
Exigibles au 11 décembre 2027, ces exigences conditionnent dès aujourd’hui votre capacité à signaler à temps.
Les huit exigences de la partie II
L’annexe I, partie II, demande aux fabricants [1] :
- une nomenclature des logiciels (SBOM) « dans un format couramment utilisé et lisible par machine couvrant au moins les dépendances de niveau supérieur » ;
- des corrections sans retard, avec des mises à jour de sécurité séparées des évolutions fonctionnelles si possible ;
- des tests de sécurité réguliers ;
- la publication, avec chaque correctif, de la description et de la gravité des failles corrigées ;
- une politique de divulgation coordonnée des vulnérabilités ;
- une adresse de contact pour signaler une vulnérabilité ;
- une distribution sécurisée des mises à jour ;
- la diffusion des correctifs sans retard et, sauf accord contraire pour un produit sur mesure, gratuitement.
Les points 3 et 7 se traitent dans la chaîne de tests : c’est le rôle d’une démarche d’assurance qualité et tests intégrée au pipeline, plutôt que d’un test d’intrusion annuel isolé.
Produire un SBOM et scanner à chaque build
Le CRA n’impose pas de format ; CycloneDX et SPDX sont les plus répandus. Exemple de commandes à brancher dans une CI GitLab ou GitHub :
# Dépendances PHP (Symfony, Laravel, PrestaShop…) : vulnérabilités connues
composer audit --locked
# Dépendances Node.js : audit + SBOM CycloneDX
npm audit --omit=dev
npm sbom --sbom-format cyclonedx > sbom-npm.cdx.json
# Image Docker complète (OS + runtime + application)
syft registry.example.com/app:1.4.2 -o cyclonedx-json > sbom-image.cdx.json
grype sbom:./sbom-image.cdx.json --fail-on highArchivez le SBOM avec chaque version livrée : le jour d’une exploitation, la question est « que tourne-t-il chez chaque client ? ».
Une période d’assistance d’au moins cinq ans
L’article 13 §8 impose une période d’assistance d’au moins cinq ans, sauf durée d’utilisation prévue plus courte [1] ; sa date de fin devra être indiquée à l’achat (art. 13 §19).
Le runbook « 24 h » : organiser le signalement avant le premier incident
Seuls les délais de 24 h, 72 h, 14 jours et un mois sont réglementaires ; le jalon à 4 h est une recommandation.
| Moment | Action | Responsable |
|---|---|---|
| T0 | Prise de connaissance (client, chercheur, CSIRT, outil de détection) | Astreinte technique |
| T0 + 4 h | Qualification : preuve d’exploitation ? versions touchées (SBOM) ? pays ? | Lead technique + sécurité |
| ≤ T0 + 24 h | Alerte précoce sur la plateforme ENISA | Représentant désigné |
| ≤ T0 + 72 h | Notification complète, mesures proposées aux utilisateurs | Sécurité + produit |
| Correctif + 14 jours | Rapport final | Sécurité |
Checklist de préparation :
- [ ] Liste des produits concernés, versions distribuées et pays de mise à disposition
- [ ] SBOM archivé pour chaque version livrée
- [ ] Deux représentants désignés, comptes EU Login avec MFA testés
- [ ] Astreinte couvrant week-ends et jours fériés (24 h calendaires)
- [ ] Adresse de signalement publique (fichier
security.txt) et politique de divulgation - [ ] Modèles pré-remplis : alerte précoce, notification, avis utilisateurs
- [ ] Exercice à blanc au moins une fois par an
Ce que le CRA change pour la TMA et le DevOps
Contrats de TMA : les clauses à revoir
La détection a souvent lieu chez le prestataire. Un contrat de maintenance applicative (TMA) compatible CRA devrait préciser :
- le délai interne de remontée d’un soupçon d’exploitation, en heures ;
- qui tient le SBOM de chaque version ;
- la livraison de correctifs de sécurité distincts des évolutions ;
- la contribution du prestataire aux rapports à 72 h et finaux ;
- la conservation des journaux et la confidentialité des échanges, comme nous la détaillons sur notre page sécurité de vos données.
Pipeline DevOps : de la veille au correctif séparé
Concrètement : SBOM attaché à chaque artefact, veille automatisée (CVE, avis du CERT-FR) croisée avec les SBOM, branches de maintenance pour livrer un correctif sans la prochaine fonctionnalité, artefacts signés, journalisation des accès. Ce chantier d’infrastructure, DevOps et sécurité web se greffe sur une chaîne existante (GitLab CI, GitHub Actions, Jenkins).
Sanctions : ce que prévoit l’article 64
| Manquement | Amende maximale |
|---|---|
| Exigences essentielles (annexe I), articles 13 et 14 | 15 M€ ou 2,5 % du CA annuel mondial (le plus élevé) |
| Autres obligations listées (importateurs, distributeurs, marquage…) | 10 M€ ou 2 % |
| Informations inexactes ou trompeuses fournies aux autorités | 5 M€ ou 1 % |
Selon l’article 64 §10 [1][8], les microentreprises et petites entreprises ne sont pas sanctionnées pour le seul dépassement du délai de 24 h, et les intendants de logiciels ouverts échappent aux amendes. L’obligation de signaler demeure.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qui a changé le 11 septembre 2026 avec le Cyber Resilience Act ?
Un éditeur SaaS est-il concerné par le Cyber Resilience Act ?
Faut-il déclarer toutes les CVE présentes dans ses dépendances ?
Qui reçoit les signalements CRA en France ?
Le SBOM est-il obligatoire avec le CRA ?
Quelles sanctions en cas de non-respect du délai de 24 heures ?
Préparer votre processus CRA avant le premier incident
Depuis le 11 septembre 2026, le Cyber Resilience Act exige surtout que vous sachiez réagir vite. Trois chantiers sont prioritaires : qualifier votre statut de fabricant produit par produit, tenir un SBOM par version livrée, et formaliser un runbook avec des personnes habilitées sur la plateforme ENISA.
Chez iones, nous accompagnons agences, ESN et éditeurs sur ces trois volets, en marque blanche si besoin : inventaire et qualification avec notre offre d’audit et conseil, SBOM et veille intégrés au pipeline, correctifs livrés dans le cadre de la TMA. Vous voulez faire le point sur votre exposition ? Contactez-nous : réponse sous 48 à 72 h, échange sans engagement, sous NDA.
Sources
- Règlement (UE) 2024/2847 du 23 octobre 2024 (Cyber Resilience Act) — Journal officiel de l’Union européenne, 20 novembre 2024
- Cyber Resilience Act — Reporting obligations — Commission européenne, consulté le 19 septembre 2026
- Single Reporting Platform (SRP) — ENISA, consulté le 19 septembre 2026
- CRA SRP Guidance — AR User Registration — ENISA, mis à jour le 10 septembre 2026
- List of CSIRTs designated as coordinators — ENISA, consulté le 19 septembre 2026
- Commission publishes new guidance to support timely Cyber Resilience Act implementation — Commission européenne, 27 juillet 2026
- Cadre réglementaire du CRA — ANSSI, consulté le 19 septembre 2026
- Cyber Resilience Act (CRA) : ce qui change pour les entreprises et comment s’y préparer — Direction générale des Entreprises, 12 mars 2026
Cet article est une information générale, pas un avis juridique. Les faits ont été vérifiés au 19 septembre 2026 ; la qualification de vos produits au regard du CRA doit être confirmée par un conseil juridique.