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Réglementation· 12 min de lecture

AI Act : ce qui s’applique depuis le 2 août 2026 et ce que l’Omnibus reporte

AI Act : ce qui s’applique depuis le 2 août 2026 (transparence, marquage des contenus IA) et ce que l’Omnibus 2026/1744 reporte. Checklist chatbot et RAG.

Depuis le 2 août 2026, l’AI Act est applicable dans sa quasi-totalité, avec une obligation qui touche presque toutes les entreprises qui intègrent de l’IA : la transparence de l’article 50. Dans le même temps, le Digital Omnibus a repoussé les règles du haut risque. Voici ce qui est exigible aujourd’hui, ce qui a bougé, et une checklist concrète pour vos chatbots, contenus générés et assistants RAG.

Le calendrier de l’AI Act après l’Omnibus

Le règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle est entré en vigueur le 1er août 2024 avec une application échelonnée [1]. Le règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique sur l’IA », en a modifié plusieurs dates [2]. Voici le calendrier consolidé.

DateCe qui s’appliqueSource
2 février 2025Chapitres I et II : pratiques interdites (art. 5), maîtrise de l’IA (art. 4)Art. 113
2 août 2025Modèles d’IA à usage général (chapitre V), gouvernance, sanctionsArt. 113
27 juillet 2026Entrée en vigueur de l’Omnibus ; articles 102 à 110 applicablesOmnibus, art. 113 d)
2 août 2026Application générale, dont l’article 50 ; pouvoir de sanction de la Commission sur les modèles à usage généralArt. 113, art. 101
2 décembre 2026Marquage de l’art. 50 §2 pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026 ; nouvelles pratiques interditesOmnibus, art. 111 §4 et 113 a)
2 août 2027Mise en conformité des modèles à usage général mis sur le marché avant le 2 août 2025Art. 111 §3
2 décembre 2027Systèmes à haut risque de l’annexe III (emploi, crédit, éducation, biométrie…)Omnibus, art. 113 c) i)
2 août 2028Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés (annexe I)Omnibus, art. 113 c) ii)
2 août 2030Systèmes à haut risque existants utilisés par des autorités publiquesOmnibus, art. 111 §2

Les jalons déjà passés

Trois obligations sont en place depuis 2025 et restent souvent sous-estimées :

  • Pratiques interdites (2 février 2025) : notation sociale, manipulation exploitant des vulnérabilités, reconnaissance des émotions au travail et à l’école sauf exceptions, etc. L’Omnibus y ajoute, à partir du 2 décembre 2026, les systèmes générant sans consentement des images intimes réalistes d’une personne identifiable, ainsi que les contenus pédocriminels [2].
  • Maîtrise de l’IA (article 4, 2 février 2025) : fournisseurs et déployeurs doivent former leurs équipes. L’Omnibus a réécrit l’article : il s’agit désormais de « prendre des mesures pour favoriser » cette maîtrise, sans obligation de garantir « un niveau spécifique » par individu [2]. L’obligation demeure ; un parcours de stratégie et acculturation IA documenté reste la meilleure preuve.
  • Modèles d’IA à usage général (2 août 2025) : obligations des fournisseurs de modèles. Depuis le 2 août 2026, la Commission peut leur infliger des amendes jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires mondial ou 15 M€ (art. 101) [1][6].

AI Act août 2026 : les obligations de transparence de l’article 50

L’article 50 crée quatre obligations, réparties entre le fournisseur (qui développe ou fait développer le système et le met en service sous son nom) et le déployeur (qui l’utilise sous sa propre autorité) [1].

Chatbots et assistants : annoncer l’IA

Les fournisseurs doivent concevoir les systèmes destinés à interagir directement avec des personnes de façon qu’elles sachent qu’elles échangent avec une IA, « sauf si cela ressort clairement » du contexte pour une personne raisonnablement attentive (art. 50 §1). L’information est donnée « au plus tard au moment de la première interaction » et doit respecter les exigences d’accessibilité (art. 50 §5).

Contenus générés : un marquage lisible par machine

Les fournisseurs de systèmes qui génèrent du texte, de l’image, de l’audio ou de la vidéo doivent marquer les sorties « dans un format lisible par machine » et les rendre détectables comme générées ou manipulées par une IA (art. 50 §2). Exception : les fonctions d’assistance à la mise en forme standard, ou qui ne modifient pas substantiellement les données fournies. Pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026, l’Omnibus accorde un délai jusqu’au 2 décembre 2026 [2][3].

Si vous intégrez un modèle tiers, vérifiez que votre chaîne ne détruit pas le marquage posé en amont. Exemple de contrôle en fin de pipeline image, avec l’outil open source de la coalition C2PA :

bash
# Le manifeste de provenance est-il encore présent après recadrage et compression ?
c2patool visuel-final.jpg
# Aucun manifeste trouvé = le marquage a été perdu : corriger l'étape de traitement

Deepfakes et textes d’intérêt public : l’étiquetage

Côté déployeurs (art. 50 §4) :

  • tout hypertrucage (image, audio ou vidéo ressemblant à des personnes, lieux ou événements réels et pouvant passer pour authentique) doit être signalé comme généré ou manipulé ; pour une œuvre manifestement artistique, satirique ou fictive, la mention se limite à une forme qui n’entrave pas l’œuvre ;
  • un texte publié pour informer le public sur des questions d’intérêt public doit être signalé, sauf s’il a fait l’objet d’une relecture humaine ou d’un contrôle éditorial et qu’une personne assume la responsabilité éditoriale.

Le paragraphe 3 vise enfin les systèmes de reconnaissance des émotions et de catégorisation biométrique : les personnes exposées doivent en être informées.

Code de bonnes pratiques et lignes directrices

La Commission a publié le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés le 10 juin 2026, jugé adéquat avec le Comité IA ; environ 190 organisations l’avaient signé fin juillet 2026 [5]. Ses lignes directrices sur l’article 50 datent du 20 juillet 2026 [4]. Deux nuances : ces textes ne sont pas contraignants, et l’Omnibus rappelle que les codes n’emportent pas de présomption de conformité [2]. Ils restent la meilleure indication de ce que les autorités attendront.

Fournisseur ou déployeur : qui porte quoi ?

Le rôle dépend de ce que vous faites du système, pas de qui a entraîné le modèle. Un « fournisseur en aval » est défini comme le fournisseur d’un système d’IA qui intègre un modèle, fourni par lui-même ou par un tiers (art. 3) [1]. Grille indicative :

CasRôle probableObligations article 50 à vérifier
Chatbot client construit sur un modèle via API et publié sous votre marqueFournisseur du système, puis déployeur quand vous l’exploitez§1 (annoncer l’IA), §2 si le bot génère des contenus diffusés
Outil acheté sur étagère pour générer des visuels publicitairesDéployeur§4 si les visuels constituent des hypertrucages
Articles de blog rédigés avec l’IA, relus et assumés par un rédacteurDéployeur§4 texte : exception relecture humaine et responsabilité éditoriale
Assistant RAG interne pour les équipes supportFournisseur (si développé pour vous) et déployeur§1 si interaction directe ; maîtrise de l’IA (art. 4)
Agence qui livre un chatbot au client, sous la marque du clientLe client est en principe fournisseur ; l’agence réaliseContractualiser le bandeau, les journaux et le marquage

Les situations mixtes méritent une analyse dédiée : notre offre d’audit et conseil inclut une cartographie des usages d’IA et des rôles associés.

Ce que le Digital Omnibus (UE) 2026/1744 modifie

Adopté le 8 juillet 2026, publié au Journal officiel le 24 juillet et entré en vigueur le 27 juillet 2026 [2] :

SujetAvant l’OmnibusAprès l’Omnibus
Haut risque annexe III2 août 20262 décembre 2027
Haut risque intégré à des produits (annexe I)2 août 20272 août 2028
Marquage art. 50 §2, systèmes existants2 août 20262 décembre 2026
Maîtrise de l’IA (art. 4)« garantir un niveau suffisant »« prendre des mesures pour favoriser »
Pratiques interditesListe de 2024+ images intimes non consenties et contenus pédocriminels (2 décembre 2026)
PME et petites entreprises à moyenne capitalisationAllègements pour les PMEDocumentation technique simplifiée et plafonds d’amende étendus aux petites « mid-caps »
Données sensiblesCadre strictNouvel art. 4 bis : traitement possible pour détecter et corriger les biais, sous garanties

Ce que l’Omnibus ne change pas

L’Omnibus ne reporte ni l’article 50 (hormis le délai de marquage pour les systèmes existants), ni les pratiques interdites de 2025, ni les obligations des modèles à usage général. Si votre projet est un chatbot ou un générateur de contenus, le report du haut risque ne vous concerne probablement pas. Il concerne en revanche un outil de tri de CV ou de scoring de crédit : vous gagnez seize mois, pas une exemption.

Qui contrôle en France ?

Le schéma présenté par le Gouvernement le 9 septembre 2025 confie la coordination et le rôle de point de contact unique à la DGCCRF [7]. Pour l’article 50, il prévoit que la DGCCRF et l’Arcom contrôlent les systèmes qui interagissent avec des personnes et ceux qui génèrent des contenus ou des hypertrucages, l’Arcom seule les textes d’intérêt public, et la CNIL la reconnaissance des émotions et la catégorisation biométrique [7].

Ce schéma passe par le projet de loi d’adaptation au droit de l’Union adopté par le Sénat le 18 février 2026 ; au 4 septembre 2026, il était toujours en première lecture à l’Assemblée nationale [8]. Les obligations du règlement s’appliquent néanmoins directement, et le Bureau de l’IA de la Commission a commencé à faire appliquer le texte le 2 août 2026 en coopération avec les autorités nationales [6].

Sanctions : jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour une pratique interdite ; jusqu’à 15 M€ ou 3 % pour les obligations de transparence de l’article 50 ; 7,5 M€ ou 1 % pour des informations inexactes. Pour les PME, et désormais les petites entreprises à moyenne capitalisation, le montant le plus faible est retenu (art. 99) [1][2].

Checklist : chatbot, génération de contenu, RAG

Chatbot ou assistant client

  • [ ] Mention « vous échangez avec une IA » visible avant ou au premier message, lisible par un lecteur d’écran
  • [ ] Pas de persona trompeuse ; accès à un humain indiqué
  • [ ] Journalisation des conversations avec durée de conservation définie (RGPD)
  • [ ] Si l’assistant agit (réservation, ticket, remboursement) : périmètre d’actions borné, comme pour des agents autonomes

Exemple minimal de bandeau :

html
<p class="chat-notice" role="note">
  Vous échangez avec un assistant automatisé (IA). Ses réponses peuvent contenir des erreurs.
  <a href="/contact">Parler à un conseiller</a>
</p>

Génération de contenus

  • [ ] Inventaire des outils générant texte, image, audio ou vidéo, et de leurs fournisseurs
  • [ ] Marquage lisible par machine vérifié en sortie de chaîne (métadonnées conservées)
  • [ ] Règle d’étiquetage des hypertrucages, y compris en publicité
  • [ ] Circuit de relecture humaine documenté pour les textes d’intérêt public

RAG et assistants internes

  • [ ] Réponses sourcées, avec citation des documents utilisés
  • [ ] Refus de répondre quand la source n’existe pas, plutôt qu’une réponse inventée
  • [ ] Droits d’accès aux documents respectés dans l’index
  • [ ] Information des utilisateurs internes et formation (article 4)

Ces points relèvent autant de la qualité que de la conformité : c’est notre approche en intégration de LLM et de RAG.

Gouvernance

  • [ ] Registre des systèmes d’IA : usage, fournisseur, rôle (fournisseur ou déployeur), niveau de risque
  • [ ] Vérification qu’aucun usage ne relève d’une pratique interdite ou de l’annexe III
  • [ ] Traces des formations et supports d’acculturation
  • [ ] Clauses IA dans les contrats avec vos prestataires et vos clients

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui s’applique depuis le 2 août 2026 avec l’AI Act ?
L’essentiel du règlement, dont l’article 50 : informer les personnes qu’elles échangent avec une IA, marquer les contenus générés dans un format lisible par machine et signaler les deepfakes. La Commission peut aussi sanctionner les fournisseurs de modèles à usage général. Les règles du haut risque ont été reportées par l’Omnibus.
Faut-il indiquer qu’un chatbot est une IA ?
Oui, sauf si c’est évident pour une personne normalement attentive. L’information doit être donnée au plus tard lors de la première interaction, de manière claire et accessible. Un prénom humain et un avatar ne suffisent pas : un bandeau ou un premier message explicite est la solution la plus sûre.
Le Digital Omnibus reporte-t-il l’article 50 de l’AI Act ?
Non. L’article 50 s’applique depuis le 2 août 2026. Seul le marquage lisible par machine bénéficie d’un délai jusqu’au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà mis sur le marché avant le 2 août 2026. L’Omnibus reporte surtout les obligations des systèmes à haut risque.
Quand s’appliquent les obligations des systèmes d’IA à haut risque ?
Depuis l’Omnibus (UE) 2026/1744, le 2 décembre 2027 pour les systèmes de l’annexe III, comme le recrutement, le crédit ou l’éducation, et le 2 août 2028 pour les systèmes intégrés à des produits réglementés de l’annexe I, comme les machines ou les dispositifs médicaux.
Un article rédigé avec l’IA doit-il être étiqueté ?
Seulement s’il est publié pour informer le public sur des questions d’intérêt public, et même dans ce cas l’étiquetage n’est pas requis si le texte a été relu par un humain et qu’une personne en assume la responsabilité éditoriale. Le fournisseur de l’outil reste tenu au marquage lisible par machine.
La formation des salariés à l’IA est-elle obligatoire ?
L’article 4 impose depuis février 2025 aux fournisseurs et déployeurs de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA de leur personnel. L’Omnibus a assoupli la formulation, sans supprimer l’obligation : formations adaptées aux usages et traces conservées restent la bonne pratique.
Quelles sanctions pour non-respect de l’article 50 ?
Jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Pour les PME et les petites entreprises à moyenne capitalisation, c’est le montant le plus faible qui s’applique. Les pratiques interdites exposent à 35 millions d’euros ou 7 %.

Mettre vos projets IA en conformité sans les geler

L’AI Act n’impose pas d’arrêter vos projets d’IA : il impose de les rendre explicites, traçables et maîtrisés. Pour la plupart des entreprises, l’échéance du 2 août 2026 se traduit par trois chantiers courts : annoncer l’IA dans les interfaces, préserver le marquage des contenus générés, et documenter qui fait quoi. Le report du haut risque laisse du temps aux cas sensibles, à condition de l’utiliser.

Si vous livrez aussi du logiciel, lisez notre article sur le Cyber Resilience Act et le signalement des vulnérabilités : les deux calendriers se croisent en 2027. Pour cartographier vos usages ou mettre à niveau un chatbot ou un assistant RAG, contactez-nous : réponse sous 48 à 72 h, échange sans engagement, sous NDA.

Sources

  1. Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 sur l’intelligence artificielleJournal officiel de l’Union européenne, 12 juillet 2024
  2. Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (omnibus numérique sur l’IA)Journal officiel de l’Union européenne, 24 juillet 2026
  3. Transparency obligations under Article 50 of the AI Act (FAQ)Commission européenne, consulté le 19 septembre 2026
  4. Guidelines on the implementation of the transparency obligations for certain AI systems under Article 50Commission européenne, 20 juillet 2026
  5. Code of Practice on Transparency of AI-generated ContentCommission européenne, consulté le 19 septembre 2026
  6. IA : la Commission commencera à faire appliquer la législation de l’UE et les nouvelles exigences de transparence à partir du 2 aoûtReprésentation de la Commission en France, 31 juillet 2026
  7. Les autorités compétentes pour la mise en œuvre du règlement européen sur l’IADirection générale des Entreprises, 9 septembre 2025
  8. Projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne — dossier législatifSénat, consulté le 19 septembre 2026

Cet article est une information générale, pas un avis juridique. Les faits ont été vérifiés au 19 septembre 2026 ; la qualification de vos systèmes d’IA doit être confirmée par un conseil juridique.

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