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Réglementation· 12 min de lecture

European Accessibility Act : contrôles, sanctions et checklist e-commerce

European Accessibility Act : qui est concerné, contrôles DGCCRF et Arcom, sanctions, RGAA. Checklist e-commerce pour un parcours d’achat accessible.

Le European Accessibility Act s’applique depuis le 28 juin 2025 et la DGCCRF contrôle désormais les sites de commerce en ligne. Qui est concerné, quelles autorités contrôlent quoi, quelles sanctions, quel référentiel suivre : ce guide fait le point au 19 septembre 2026 et vous donne une checklist opérationnelle pour rendre votre parcours d’achat accessible.

European Accessibility Act : ce qui s’applique depuis le 28 juin 2025

La directive (UE) 2019/882, dite European Accessibility Act (EAA), fixe des exigences d’accessibilité pour une liste de produits et services destinés aux consommateurs, applicables depuis le 28 juin 2025 [1].

Une directive, plusieurs textes français

TexteRôle
Loi n° 2023-171 du 9 mars 2023 (article 16)Transpose la directive ; crée l’article L. 412-13 du code de la consommation
Ordonnance n° 2023-859 du 6 septembre 2023Modifie l’article 47 de la loi de 2005 et crée l’article 47-1 : compétence de l’Arcom
Décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023Obligations des opérateurs (articles D. 412-49 à D. 412-62 du code de la consommation) et sanctions (R. 451-4) [9]
Arrêté du 9 octobre 2023Détail des exigences d’accessibilité des produits et services

Les produits et services concernés

Selon la DGCCRF [2] :

  • produits : ordinateurs et systèmes d’exploitation, terminaux de paiement, distributeurs de billets et bornes interactives, smartphones et équipements de télécommunication, équipements de télévision, liseuses ;
  • services : téléphonie, accès aux médias audiovisuels, éléments des services de transport (sites, applications, billets électroniques, information), services bancaires aux consommateurs, livres numériques, commerce électronique, communications d’urgence vers le 112.

Le « service de commerce électronique » couvre tout site ou application permettant à un consommateur de conclure un contrat à distance [1], pour la vente de tout produit ou service.

Qui est concerné ? Seuils et exemptions

Le périmètre est B2C : un portail réservé aux professionnels n’est pas visé.

L’exemption des microentreprises

La directive définit la microentreprise comme une entreprise qui emploie moins de dix personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan annuel n’excède pas 2 millions d’euros [1]. Les microentreprises qui proposent des services sont exonérées des exigences d’accessibilité (article 4 §5). Pour les produits, la DGCCRF précise qu’elles peuvent y déroger sans avoir à se justifier [2].

Votre situationConcerné par l’EAA pour votre site marchand ?
8 salariés, 1,5 M€ de chiffre d’affairesNon (microentreprise)
8 salariés, 3 M€ de chiffre d’affaires et de bilanOui : les deux plafonds financiers sont dépassés
25 salariés, 1,8 M€ de chiffre d’affairesOui : effectif de 10 personnes ou plus
Site B2B réservé aux clients professionnelsNon, sauf s’il vend aussi aux consommateurs

Charge disproportionnée et modification fondamentale

Deux dérogations existent pour les autres entreprises : lorsque l’accessibilité entraînerait une modification fondamentale du service, ou imposerait une charge disproportionnée, évaluée selon les critères de l’annexe à l’article D. 412-60 du code de la consommation [2][4]. Dans les deux cas, vous devez documenter l’évaluation et en informer la DGCCRF via la démarche en ligne « Déclaration de non-conformité ou invocation d’une exemption ». France Num prévient que cette dérogation est difficile à obtenir pour un service lancé après le 28 juin 2025, qui doit intégrer l’accessibilité dès sa conception [4].

Période transitoire : pourquoi votre site n’en bénéficie pas

L’article 32 de la directive prévoit des transitions, reprises en France [1][2] :

  • les prestataires peuvent, jusqu’au 28 juin 2030, continuer à fournir leurs services avec des produits qu’ils utilisaient légalement avant cette date ;
  • les contrats de services B2C conclus avant le 28 juin 2025 peuvent courir sans modification jusqu’à leur terme, au plus tard le 28 juin 2030 ;
  • les terminaux en libre-service en service avant le 28 juin 2025 peuvent être utilisés jusqu’à la fin de leur vie économique, dans la limite de quinze ans en France (la directive autorisait jusqu’à vingt).

La DGCCRF est explicite : un site internet ou une application mobile n’est pas un produit au sens de la directive [2]. Un site marchand existant avant juin 2025 devait donc être accessible dès le 28 juin 2025.

Qui contrôle quoi : DGCCRF, Arcom et les autres

AutoritéPérimètreBase
DGCCRFProduits multimédias, terminaux en libre-service, téléphones, box, TV, liseuses ; contrôle de l’accessibilité des services, dont le commerce électroniqueCode de la consommation [2]
Arcom, ARCEP, Banque de France, ACPR, AMFContrôles des services de leur secteur, en coordination avec la DGCCRF (médias audiovisuels, communications électroniques, banque, investissement)[2]
ArcomAccessibilité des services en ligne des personnes publiques et délégataires de service public ; pour les entreprises de plus de 250 M€ de chiffre d’affaires, uniquement les obligations d’affichageLoi de 2005, art. 47 et 47-1 [5]

Les premiers contrôles

Le bilan publié par la DGCCRF le 25 juin 2026 donne la mesure de l’action engagée [3] :

  • d’avril 2025 à mars 2026, une enquête dans le transport ferroviaire a visé 38 établissements ; parmi les défauts relevés figuraient des sites internet pas totalement conformes, suivis de mesures correctives et pédagogiques ;
  • depuis janvier 2026, trois enquêtes sont en cours, dont une sur l’accessibilité des sites et applications de commerce en ligne et sur la loyauté des prestataires d’audit d’accessibilité ;
  • au total, une centaine d’établissements seront contrôlés en 2026 ;
  • depuis décembre 2025, les consommateurs peuvent signaler un défaut d’accessibilité sur SignalConso, ce qui sert au ciblage des contrôles.

Côté Arcom, une décision du 24 juin 2026 a mis en demeure le ministère chargé des comptes publics de rendre impots.gouv.fr conforme [6].

Sanctions : ce que vous risquez

RégimeSanctionSource
Code de la consommation (DGCCRF)Contravention de 5e classe : 1 500 € (personne physique) ou 7 500 € (personne morale), 3 000 € et 15 000 € en récidive, cumulables par service et par obligation[2][4]
Police administrative (DGCCRF)Injonction de mise en conformité, avec astreinte possible et mesure de publicité ; suspension de la mise sur le marché des produits[2]
Loi de 2005, art. 47 (Arcom)Jusqu’à 50 000 € pour la non-conformité aux exigences et 25 000 € pour les autres manquements (déclaration, affichage), modulables[5]

Sur un parcours d’achat, plusieurs obligations peuvent être en cause à la fois : c’est le cumul qui fait monter la note.

RGAA, EN 301 549, WCAG : quel référentiel suivre ?

RéférentielCe que c’estUsage conseillé
WCAG 2.1 niveau AARecommandations internationales du W3CSocle technique commun
EN 301 549 V3.2.1Norme européenne d’accessibilité des produits et services TIC, qui intègre les WCAG 2.1 AA pour le webRéférence citée par la DGCCRF [2]
RGAA 4.1.2Référentiel français de la DINUM : 106 critères, méthode de testMéthode d’audit reconnue en France [7]

La DINUM prépare un RGAA 5, annoncé pour fin 2026, qui intégrera les WCAG 2.2 ; ses critères « viendront préciser ou compléter ceux du RGAA 4.1.2, sans les réfuter », et les déclarations établies avant sa publication resteront valables 18 mois [8]. Conclusion : ne suspendez rien, auditez en RGAA 4.1.2 aujourd’hui.

Informations sur l’accessibilité et déclaration d’accessibilité

Deux obligations coexistent :

  • pour tout prestataire soumis à l’EAA : publier des informations sur l’accessibilité du service, dans les conditions générales ou un document équivalent (annexe V de la directive) : description du service en format accessible, explications de fonctionnement, manière dont les exigences sont remplies [1]. France Num recommande une page « Information sur l’accessibilité » indiquant la norme utilisée, les dérogations et au moins deux moyens de contact [4] ;
  • pour les organismes relevant de l’article 47 (secteur public, délégataires, entreprises de plus de 250 M€) : la déclaration d’accessibilité et les mentions d’affichage contrôlées par l’Arcom [5].

Checklist opérationnelle e-commerce

Le parcours d’achat de bout en bout

L’annexe I de la directive vise explicitement les fonctions d’identification, de sécurité et de paiement [1]. Testez le parcours complet, pas la page d’accueil :

  • [ ] Recherche et filtres utilisables au clavier et annoncés aux lecteurs d’écran
  • [ ] Fiche produit : images informatives avec alternative textuelle, variantes (taille, couleur) sélectionnables sans souris
  • [ ] Informations d’accessibilité des produits vendus affichées quand le fabricant les fournit
  • [ ] Panier : quantités modifiables, total mis à jour et annoncé
  • [ ] Choix du mode et du point de livraison accessible, y compris la carte de points relais (avec alternative en liste)
  • [ ] Paiement : module du prestataire testé (iframe, 3-D Secure), pas seulement votre page
  • [ ] Création de compte, connexion et captcha avec alternative accessible
  • [ ] Confirmation de commande et e-mails structurés

Formulaires

  • [ ] Chaque champ a une étiquette visible et associée
  • [ ] Champs obligatoires et formats attendus indiqués avant la saisie
  • [ ] Erreurs identifiées en texte, avec suggestion de correction (WCAG 3.3.1 et 3.3.3)
  • [ ] Autocomplétion activée sur les champs d’identité et d’adresse
  • [ ] Pas de délai de session qui fait perdre la saisie sans avertissement

Contrastes, zoom et mise en page

  • [ ] Contraste du texte d’au moins 4,5:1 (3:1 pour le grand texte) et 3:1 pour les composants d’interface
  • [ ] Contenu lisible à 200 % de zoom et sans défilement horizontal à 320 px de large
  • [ ] Information jamais portée par la seule couleur (stock, erreur, promotion)

Ces choix se font dès le design UX/UI, bien moins coûteux qu’en correction.

Clavier et focus

  • [ ] Tout le parcours réalisable au clavier, dans un ordre logique
  • [ ] Focus toujours visible, jamais masqué par un bandeau collant
  • [ ] Modales (panier latéral, cookies) : focus piégé à l’intérieur et restitué à la fermeture
  • [ ] Lien d’évitement vers le contenu principal

Lecteurs d’écran

  • [ ] Titres de page uniques et hiérarchie de titres cohérente
  • [ ] Boutons et liens au nom explicite (pas de « cliquez ici » ni d’icône muette)
  • [ ] Messages de statut annoncés (« produit ajouté au panier »)
  • [ ] Test réel avec NVDA ou JAWS sous Windows et VoiceOver sur iOS
  • [ ] Chatbot d’aide accessible, et qui annonce être une IA si c’en est une (voir notre article sur l’AI Act et l’article 50)

Audit automatisé ou audit manuel ?

CritèreAudit automatiséAudit manuel (RGAA)
CouvertureUne partie des critères (contrastes, attributs manquants, structure)Les 106 critères, y compris la pertinence des alternatives et la logique du parcours
FréquenceÀ chaque buildPonctuel : refonte, nouvelle fonctionnalité, contrôle annuel
Coût marginalQuasi nul une fois intégréPlusieurs jours d’expert selon l’échantillon
Valeur probanteFaible seuleBase de la déclaration de conformité

Les deux sont complémentaires : l’automatique évite les régressions, le manuel établit la conformité. Exemple de garde-fou dans une CI, avec Playwright et axe-core :

ts
import { test, expect } from '@playwright/test';
import AxeBuilder from '@axe-core/playwright';

const etapes = ['/panier', '/commande/livraison', '/commande/paiement'];

for (const url of etapes) {
  test(`accessibilité automatique ${url}`, async ({ page }) => {
    await page.goto(url);
    const resultat = await new AxeBuilder({ page })
      .withTags(['wcag2a', 'wcag2aa', 'wcag21a', 'wcag21aa'])
      .analyze();
    expect(resultat.violations).toEqual([]);
  });
}

Un test vert ne prouve pas la conformité, seulement l’absence de régression détectable : il s’intègre à une démarche d’assurance qualité et tests.

Questions fréquentes

Mon site e-commerce est-il concerné par le European Accessibility Act ?
Oui s’il vend à des consommateurs et que votre entreprise n’est pas une microentreprise, c’est-à-dire si elle emploie au moins 10 personnes ou dépasse 2 millions d’euros à la fois de chiffre d’affaires et de bilan. Les sites B2B réservés aux professionnels ne sont pas visés.
Qui contrôle l’accessibilité des sites de vente en ligne en France ?
La DGCCRF, par ses directions départementales, en coordination avec les autorités sectorielles (Arcom, ARCEP, Banque de France, ACPR, AMF). L’Arcom contrôle par ailleurs le secteur public et les obligations d’affichage des entreprises de plus de 250 millions d’euros. Les consommateurs peuvent aussi signaler un défaut sur SignalConso.
Quelle amende en cas de site non accessible ?
Une contravention de 5e classe de 7 500 euros pour une personne morale, 15 000 euros en récidive, cumulable par service et par obligation. La DGCCRF peut aussi enjoindre une mise en conformité sous astreinte et rendre la sanction publique. Pour les organismes relevant de l’Arcom, l’amende peut atteindre 50 000 euros.
Un site créé avant juin 2025 bénéficie-t-il d’un délai jusqu’en 2030 ?
Non. La transition jusqu’au 28 juin 2030 concerne les produits utilisés pour fournir un service et certains contrats. La DGCCRF précise qu’un site internet ou une application mobile n’est pas un produit au sens de la directive : un site marchand existant devait être accessible dès le 28 juin 2025.
Quel référentiel utiliser : RGAA, WCAG ou EN 301 549 ?
Les trois sont cohérents. La norme EN 301 549 intègre les WCAG 2.1 niveau AA pour le web, et le RGAA 4.1.2 en est la déclinaison française avec 106 critères et une méthode de test. Auditer selon le RGAA 4.1.2 reste la voie la plus lisible en France, le RGAA 5 étant attendu fin 2026.
Un audit automatique suffit-il à prouver la conformité ?
Non. Les outils automatiques ne détectent qu’une partie des critères, comme les contrastes ou les attributs manquants. La pertinence des alternatives textuelles ou la restitution par un lecteur d’écran exigent un audit manuel. L’automatique sert surtout à éviter les régressions.
Que faire si mon site n’est pas encore conforme ?
Publier une page d’information sur l’accessibilité indiquant l’état du site et au moins deux moyens de contact, informer la DGCCRF de la non-conformité via la démarche en ligne dédiée, puis corriger en priorité le parcours d’achat. Une exemption pour charge disproportionnée doit être documentée et déclarée.

Rendre votre parcours d’achat accessible, étape par étape

Le European Accessibility Act est une obligation contrôlée, avec des enquêtes ciblées sur le commerce en ligne en 2026. La séquence : vérifier si vous êtes concerné, auditer le parcours d’achat selon le RGAA, publier vos informations d’accessibilité, corriger étape par étape, puis verrouiller par des tests automatiques.

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Sources

  1. Directive (UE) 2019/882 du 17 avril 2019 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et servicesJournal officiel de l’Union européenne, 7 juin 2019
  2. Professionnels : vos produits et services doivent être conformes à la directive « Accessibilité »DGCCRF, 13 novembre 2025
  3. Accessibilité : un an après l’entrée en vigueur de la directive européenne, bilan de l’action de la DGCCRFDGCCRF, 25 juin 2026
  4. Accessibilité des sites de e-commerce : quelles obligations ?France Num, consulté le 19 septembre 2026
  5. Accessibilité des sites et des services numériquesArcom, consulté le 19 septembre 2026
  6. L’Arcom met en demeure le ministère de l’Action et des Comptes publics (site impots.gouv.fr)Arcom, 6 juillet 2026
  7. Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA)DINUM, version 4 mise à jour le 18 avril 2023
  8. RGAA 5DINUM, 2 mars 2026
  9. Décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023 relatif à l’accessibilité aux personnes handicapées des produits et servicesLégifrance

Cet article est une information générale, pas un avis juridique. Les faits ont été vérifiés au 19 septembre 2026 ; votre situation (seuils, exemptions, charge disproportionnée) doit être confirmée par un conseil juridique.

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